Découvrez les portraits tout en texte et en images du Bon Plan
Inscription à la newsletter LBP
Découvrez les fiches pratiques du Bon Plan



Dimanche dernier, Jean Dujardin est donc devenu le premier Français à remporter l'Oscar du meilleur acteur pour son rôle dans "The Artist", devant notamment George Clooney, Brad Pitt et Gary Oldman. Mais ce n'est apparemment pas suffisant pour avoir un César...

Avant toute chose, et afin d'éviter par avance tout malentendu, précisons un point important : il est assez périlleux d'établir un classement ou une hiérarchie dans un domaine aussi aléatoire et subjectif que l'art. Affirmer qu'un acteur est meilleur qu'un autre est toujours sujet à caution et c'est pourquoi il ne sera pas question ici de savoir si Omar Sy mérite plus un César que Jean Dujardin. Mais tout de même. On retrouve dans cette attribution de statuette tous les ingrédients de la fausse bonne conscience à la française, saupoudrée d'un soupçon de cette fameuse exception culturelle, combat d'arrière-garde ringardisant et ridicule s'il en est. C'est bien simple : Jean Dujardin a été récompensé partout (Festival de Cannes, BAFTA, Oscars)... sauf en France bien évidemment. Certes, au final, ce n'est pas très grave et tant mieux pour l'interprète d'"Intouchables", mais cela reste néanmoins édifiant de nombrilisme putassier.

D'autant plus que vient se greffer à ce qui n'est au final qu'un chauvinisme rampant (« on ne fait pas comme les autres, car on est mieux ») autre chose de plus insidieux mais tout aussi redoutable. Il faut, pour mieux saisir ce qui va suivre, avoir vu le récent publi-reportage diffusé sur Canal Plus il y a peu et intitulé "L'entrée des Trappistes". Réalisé notamment par Mélissa Theuriau, ce documentaire revient sur l'ascension et la réussite de Jamel Debbouze, Nicolas Anelka et Omar Sy, tous trois originaires de la même ville, Trappes. On peut ainsi s'interroger sur le recul journalistique de Mélissa Theuriau, épouse à la ville de Jamel Debbouze. S'il n'est d'ailleurs pas forcément gênant que le reportage s'attarde sur son mari, cette relative absence d'esprit critique et d'analyse pertinente devient un gouffre intellectuel quand l'accent est mis sur Nicolas Anelka, pauvre petit gars de banlieue qui se fait maltraiter par son vilain club de Chelsea. L'esclave Anelka ne peut plus en effet s'entraîner avec le reste de l'équipe. Quel scandale. Tout ça parce qu'il a signé un contrat de plusieurs millions d'euros avec un club chinois. Il l'a toujours en lui la banlieue Nicolas Anelka, il le dit. Et c'est justement là le cœur du problème : ce besoin incessant de rappeler ses origines, sa provenance. Anelka n'est pas un gars de la banlieue. C'est un footballeur millionnaire à tendance mercenaire. Mais cette condescendance bobo-branchouille (Télérama, Canal Plus) teintée de tropisme social transforme n'importe quelle personne originaire d'un quartier estampillé difficile (sic) en exemple bien-pensant si cette dernière a réussi, au moins médiatiquement. On glorifie des exceptions. Encore une fois.

Vous êtes ici : Accueil Edito L'exception illusoire