Daniel Brodin est un voleur. Daniel Brodin est un imposteur. Deux bien vilains défauts qui lui vaudront, raconte Le Voleur de livres, de devenir un temps la coqueluche du tout Paris littéraire.

Ses ailes de géant l'empêchent de voler

Pour impressionner une jeune femme qu'il convoite, voici Daniel Brodin dans une réception mondaine en train de déclamer les vers d'une poésie italienne suffisamment inconnue pour qu'il puisse se l'approprier. L’intelligentsia s'entiche aussitôt de lui, toujours prompte aux passions dévorantes. Plus tard, en tentant d'échapper au libraire qu'il vient de voler et qui le course énergiquement, le voici qui fait la rencontre de jeunes gens qui ont fait du vol un art de vivre, un art tout court.

Au sein du Paris littéraire post-surréaliste, sur lequel Sartre et l'existentialisme règnent en maître, il réussit ainsi l'exploit de se faire accepter tant par les poètes les plus reconnus de leur temps que par l'avant-garde la plus délurée. Le bienvenu au Tabou comme dans les cafés que fréquentent une nouvelle génération de zazous, plus âpre et plus cruelle.

Et Daniel Brodin tentera de naviguer entre ces deux mondes auxquels il n'appartient pas, qui ne l'acceptent que sur un malentendu. Promis de publication aux Temps Modernes et élevé au rang d'ultime pourfendeur de l'intellectualisme sartrien dans la même semaine. Il court de cercles en milieux, son désir farouche de devenir célèbre et son attirance pour une Colette comme pour une Nicole, l'empêchant de choisir.

Il découvre le haschich et le jazz, il découvre cet univers où « l'on écoute du René Char tout en grignotant des sardines », il fait connaissance avec les querelles littéraires qui animent le Café de Flore, il rencontre des personnages fascinants, animés par le goût de l'aventure, de l'errance, de la violence également. Et finalement, il ne trouvera le bonheur qu'en acceptant de rester inconnu, une fois que chacun de ces deux mondes aura fini par le vomir. Mais son périple sera pourtant loin d'être terminé.

 

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Carnets de vol

Alessandro Tota et Pierre Van Hove signent une chronique cinglante du Paris des années 50, de ses poètes institutionnalisés – ces « syndiqués de la solitude » que chantaient Léo Ferré — comme de sa jeunesse artiste aussi révoltée que ridicule. Bistrots enfumés, tripots interlopes, galas bourgeois et parties fines sont le quotidien de ces castes hors-du-temps, qui vous adoptent aussi vite qu'elles vous rejettent.

Mais la satire tous azimuts dont la férocité rappellera les plus belles planches de Lauzier sait aussi s'accompagner d'un récit dont les enjeux autant que le rythme tient en haleine. Loin de se contenter d'un scénario prétexte, les auteurs articulent leurs chapitres autour d'une intrigue prenante et des personnages attachants, qui donnent autant envie de s'attarder sur chaque page que de passer à la suivante le plus vite possible.

Finement écrit et mis en scène, portant à merveille ses ambiances et ses atmosphères, Le Voleur de livres est une véritable réussite dont on ne peut que recommander la lecture. Mais dont le vol sera tout de même, et par principe, déconseillé.

20150424 voleurdeslivresLe Voleur de livres
de Alessandro Tota et Pierre Van Hove
Éditions Futuropolis
176 pages, 24 €

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