Imprimer



Ahmad Ashraf est neurochirurgien au CHU de Grenoble. Né en Afghanistan, il est devenu médecin de l'armée. Pour éviter la collaboration avec des extremistes, il a été contraint de se réfugier en France en 1989.

Installé à Grenoble depuis plus de 20 ans, il n'oublie pourtant pas ses origines. Il retourne en Afghanistan en mission humanitaire plusieurs fois par an pour soigner des malades, surtout de tout jeunes patients de l'Institut médical des enfants de Kaboul.

C'est pourquoi son témoignage sur l'état du pays et des habitants 12 ans après le début de la guerre contre l'Al-Kaïda est si saisissant. Il peut comparer l'avant et bientôt (?) l'après guerre. A chaque voyage, il est proche des réalités locales, de la population civile sévèrement touchée par les années du conflit. De façon concise et claire, le médecin explique le "pourquoi" et le déroulement des événements, se révélant un commentateur politique averti.

Des histoires de la vie quotidienne en Afghanistan sont accompagnées par des chiffres et des statistiques. Ainsi on découvre les conditions matérielles et sanitaires dans lesquelles les habitants vivent. Le pays, ravagé par 34 ans de coups d'états, de guerres civiles et d'occupation étrangère, a été transformé en terrain d'affrontement d'acteurs de la politique internationale.

Le livre est aussi une critique de la communauté internationale : pourquoi cette guerre alors que l'Afghanistan n'avait pas participé aux attentats du 11 septembre ? Pourquoi la population civile a-t-elle été autant malmenée? Pourquoi a-t-on permis aux Talibans de se rétablir en dehors des frontières afghanes ? A croire l'auteur, il aurait suffi de peu pour que cette guerre soit un succès. La réalité est tout autre : soins médicaux inaccessibles, éducation nationale liquidée, sécurité inexistante amènent les personnes à vivre dans une peur constante. La corruption omniprésente influence tout : l'argent est roi ... Et les dégâts sur le moral ? Ashraf le dit : penser l'avenir est un luxe qu'on ne se permet pas. Pour cela il faudrait un minimum vital : avoir un logement, un travail et un revenu correct. Les Alliés ont gaspillé une grande opportunité. Les Afghans, au début plutôt accueillants, leur ont tourné le dos et se sentent abandonnés comme tant de fois auparavant.

Quant à savoir comment faire pour que le pays puisse aspirer à un meilleur avenir, les questions restent en grande partie sans réponse. Peut-être parce qu'il n'y a pas de recette miracle et ces années de dégradation ne peuvent pas être effacées à l'instant. En attendant, il faut rendre la liberté aux Afghans sans pour autant les abandonner à leur sort. Mais tant qu'il y a des gens comme Ahmad Ashraf, il y a de l'espoir pour l'Afghanistan.

Ahmad ASHRAF, La dévastation, Montrouge : Éditions Bayard, 2012, p.251