Vous ne le savez peut-être pas, mais les prochaines élections sénatoriales se dérouleront en septembre prochain, le troisième ou quatrième dimanche du mois. Et si vous n’en aviez aucune idée, il n’y pas de honte à cela. Le Sénat français est en effet une auguste assemblée où des personnes âgées et bedonnantes viennent se reposer au crépuscule de leur vie politique, au terme d’une carrière au service de l’Etat bien remplie, comme leurs portefeuilles du reste. Et que font-ils ces vieux messieurs durant ces journées au Palais du Luxembourg, siège de la chambre haute du Parlement ? La plupart du temps, ils roupillent tranquillement, bercés qu’ils sont par le doux ronronnement soporifique de tel ou tel ministre, venu présenter dans une mollesse pompidonienne un vague projet de loi. D’aucuns diront par conséquent que cette assemblée est une incongruité de la Vème République, ultime résidu archaïque d’une période bien lointaine désormais.

 

Néanmoins, si nous prenons le temps de l’évoquer cette semaine, ce n’est pas par hasard.  Le Sénat détient en effet, avec l’Assemblée Nationale, le pouvoir législatif, c’est-à-dire qu’il vote le budget et les lois. Alors oui, ce sont toujours les députés qui ont le dernier mot, en tant que représentants directs du peuple, mais les sénateurs peuvent cependant modifier à la marge les textes de lois. Ils sont les représentants des collectivités territoriales et sont élus au suffrage universel indirect, par ce qu’on appelle les « grands électeurs », au nombre de 150 000 environ : 577 députés, 1870 conseillers régionaux, 4000 conseillers généraux (issus des élections cantonales) et 142 000 délégués municipaux. Il faut également savoir que le président du Sénat est le deuxième personnage de l’Etat dans l’ordre constitutionnel. Concrètement, cela signifie que si Nicolas Sarkozy tombe subitement malade (ce que personne ne souhaite, bien entendu), ce serait le truculent Gérard Larcher qui deviendrait Président de la République par intérim. Ce qui n’est pas rien, vous en conviendrez. C’est pourquoi ces élections de septembre ne sont pas si anodines que ça et la gauche, qui vient de remporter coup sur coup les municipales en 2008, les régionales en 2010 et les cantonales dimanche dernier, est en position de force. Le PS et ses alliés n’ont ainsi besoin que de 23 petits sièges pour prendre le contrôle de la Haute Assemblée sur les 170 qui seront concernés par ce renouvellement. Surtout, à sept mois des présidentielles de 2012, ces élections constitueront un dernier test qui sera scruté à la loupe. En terme de symbole, nul doute qu’un basculement du Sénat à gauche pour la première fois de son histoire serait un terrible désaveu pour le pouvoir en place.

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