Des mots pour dénoncer les politiques sociales : assistanat et assistés

La campagne politique 2012 a remis en avant un couple de mots déjà utilisé lors des précédentes élections : assistanat et assistés. Cette paire de termes est lancée violemment dans l'arène politique et les médias dès qu'il s'agit de remettre en cause, avec force démagogie, les politiques sociales. Assistanat pour dénoncer le phénomène en général ; assistés pour attaquer individuellement les personnes.

L'accusation d'assistanat et la condamnation des assistés vont au-delà d'une critique des politiques sociales actuelles. Les acquis sociaux antérieurs sont remis en cause : ceux qui datent de la mise en place de la Sécurité sociale en 1945, mais aussi, plus fondamentalement, les premiers « droits au secours ». Le mot assistanat est en effet une attaque directe des fondements de « l'assistance » : de « l'assistance publique », plus exactement, c'est-à-dire des premiers dispositifs d'aides instaurés à partir du milieu du XIX° siècle.

Utiliser un terme au détriment d'un autre, parler d'assistanat et non plus d'assistance : le glissement politique en jeu est efficace et aboutit à nier d'un simple mot un ensemble d'interventions publiques et leur histoire.

Pour rappel, les grandes lois d'assistance publique ont concerné les hôpitaux (1851), les enfants (1869), la maladie (1893) et la vieillesse (1905). Ces nouveaux dispositifs d'aides étaient fondés sur la « solidarité », un autre terme fort et caractéristique de cette période.

En politique, les mots assistanat et assistés sont même devenus péjoratifs. L'assistanat résume en un terme cinglant toutes les dérives et les effets pervers présupposés des politiques d'aides sociales. Les assistés sont montrés du doigt comme des personnes qui se complaisent dans leur situation, qui en profitent sans chercher à en sortir.

Les allocataires du Rsa sont plus particulièrement les boucs émissaires de ces stigmatisations. Récemment, l'invective la plus violente a été celle de Laurent Wauquiez qui s'exprimait le 8 mai 2011 au nom de son club de réflexion la Droite sociale : « Quelle est, pour moi, la principale injustice dans notre pays ? C'est que celui qui travaille n'ait pas un véritable écart avec celui qui bénéficie des minimas sociaux (…). Cette situation-là est pour moi le cancer de la société française ».

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