Solidarité, assistance, assistanat... On s'étonnera toujours de la faculté de certains à prendre des raccourcis qui ne mènent nulle part.

L'assistanance ?

Il a encore remis cela récemment, Christian Jacob, président du groupe UMP à l'Assemblée nationale : « la solidarité, ça n'est pas l'assistanat ! » Le mot revient, encore une fois, dans le discours politique, et cela encore plus dans la bouche d'une droite qui, face à un pouvoir socialiste largement ébranlé et un Front National en posture de conquérant, à de moins en moins de raison d'être « complexée ».

L'assistanat ? Cette idée que notre pays est empli de parasites qui vivent aux crochets de l'État, qui pompent les allocations, les aides de toutes sortes, sans rien donner en retour. Des pauvres professionnels qui vivraient mieux que beaucoup d'honnêtes travailleurs. Des chômeurs confortablement assis sur leurs indemnités beaucoup trop longues. Une foule paresseuse en somme, et pas toujours totalement française selon les discours et le vent qui les porte.

Certes, ainsi que l'assénait Valéry Giscard d'Estaing à François Mitterrand en 1974, la gauche n'a pas le monopole du cœur. Mais le cœur ayant ses raisons que la raison du plus fort ignore, il n'est pas de bon ton dans la mécanique actuelle des discours de l'UMP de mettre en avant une générosité trop exacerbée à l'égard des plus faibles. La cible électorale de la droite, ce sont aujourd'hui « les classes moyennes », qu'elle juge spoliées, brimées, humiliées par les gouvernements Ayrault et Valls.

Tous les moyens sont bons

Il est évident que ces classes moyennes contribuent d'une manière importante à la solidarité nationale. Reste à savoir si leur colère face à une « pression fiscale » que ne cessent de ressasser les médias est motivée par la présence sur le territoire français de pauvres toujours prompts à mourir de faim, ou de riches jonglant avec les subtilités de l'administration fiscale pour payer au final le moins d'impôts possibles. La violence des réactions face au cas Cahuzac ou Thévenoud, qui ne font pas honneur à la gauche, répond en partie à la question.

Mais l'UMP est-elle réellement crédible sur ces questions ? Elle qui n'a jamais cessé de pourfendre ce fameux « assistanat », en particulier pendant les périodes électorales, aurait eu toutes les occasions de mettre fin à ce scandale durant les dix ans où elle était aux affaires. Aurait-elle eu du mal à les trouver, ces fameux assistés ? Ou ont-ils émergé subitement, par effet de génération spontanée, lorsque François Hollande a pris les rênes du pouvoir ?

Rappelons qu'arrivé au pouvoir, Nicolas Sarkozy n'eut de cesse de vouloir promulguer son fameux « bouclier fiscal », une mesure destinée à plafonner l'imposition des revenus les plus élevés. Jusqu'à la fin, le chef de l'État aura défendu ce dispositif, malgré l'émoi suscité dans l'opinion et notamment au sein de cette fameuse classe moyenne aujourd'hui tant convoitée. Rappelons qu'aujourd'hui, l'UMP pousse de hauts cris face à la proposition de réguler les tarifs de certaines professions libérales, à commencer par ceux des notaires qui connaissent rarement, pour la plus grande majorité d'entre eux, des fins de mois difficiles.

Le coupable idéal

En somme, l'UMP veut satisfaire les classes moyennes, tout en défendant les classes supérieures qui demeurent l'un des pans de sa base électorale. Comment s'y prendre ? En outrant ses postures, et en désignant des boucs émissaires. Les assistés sont à la droite et d'extrème-droite ce que Saddam Hussein a été aux dirigeants républicains des États-Unis : un ennemi bien pratique à convoquer pour combler le vide des discours et l'inanité des idées. Mais quelle valeur a cette stigmatisation des « assistés », dont on ne sait pas exactement qui ils sont ?

Chômeurs ? Titulaires du RSA ? Malades ? Handicapés, peut-être ? Qui sont les bénéficiaires de ce fameux assistanat tant fantasmé ? Et pourquoi pas les agriculteurs, chers au cœur de Christian Jacob, dont les exploitations ne survivent parfois que grâce aux subventions d'une Europe que l'on n'oubliera cependant pas de honnir ? Pourquoi pas les partis politiques, qui fonctionnent en grande partie grâce aux dotations de l'État, et plus particulièrement le groupe parlementaire UMP de l'Assemblée Nationale dont monsieur Jacob est le président ? Il est toujours plus facile, on l'aura compris, de désigner un coupable en usant de la caricature, que d'étudier un problème avec sérieux, pragmatisme et humanité.

Toujours plus facile de mettre en avant, tour à tour et au gré des modes, les Français issus de l'immigration, les homosexuels, les Roms, les demandeurs d'asile, les demandeurs d'emploi ou les fonctionnaires, que de s'interroger sur un vrai plan de réorganisation de l'action sociale dans ce pays, qui cesserait de se reposer au-delà du raisonnable sur le courage et l'abnégation des associations tout en faisant mine de ne pas les entendre lorsqu'elles tirent la sonnette d'alarme. À moins que Christian Jacob ait, là aussi, la prétention de leur donner des leçons de « solidarité ».

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