Quelle religion, quels dieux, quelle idéologie pourraient justifier un tel bain de sang ? Impossible de rester insensible, impassible, face au massacre qui a eu lieu dans les locaux de Charlie-Hebdo.

C'est dur d'être tué par des cons

Chaque citoyen – du moins espérons-le – aura ressenti dans sa chair l'absurdité de cette violence, et la profonde injustice de ces meurtres aussi grotesques qu'abjects. Le Bon Plan n'a évidemment pas la prétention de se comparer à Charlie-Hebdo. Mais en tant qu'organe d'information, nous ne pouvons que joindre notre voix au cri de soutien émanant de la planète entière. Soutien à Charlie, soutien à la liberté de la presse et à la liberté d'expression.

Et si nous ne nous sommes jamais privés d'éreinter les parutions n'ayant de cesse de fustiger une France des « assistés » ou des « profiteurs », il ne nous serait jamais venu à l'idée de réclamer la censure de ces titres ou de souhaiter leur anéantissement.

C'était une évidence, mais elle prend un jour nouveau : il aura fallu une tuerie pour que nous réalisions que la démocratie, inscrite dans nos gènes républicains, ne va pas de soi pour tout le monde.

Notre tristesse est d'autant plus forte que Charlie-Hebdo compte parmi les médias qui refusent – pas question de parler du journal à l'imparfait – depuis toujours de céder aux sirènes des amalgames, en rendant la pauvreté responsable d'elle-même, les miséreux coupables de leur misère. La question sociale, la défense des droits des précaires comptent parmi ses fondamentaux. Sans jamais être traitées avec le ton misérabiliste qu'affectent certaines dames patronnesses de notre paysage médiatique.

La ronde des vautours 

Mais au-delà de la réaction émotionnelle, il nous faut déjà envisager les conséquences de ces attaques. Partis politiques, acteurs sociétaux, autorités religieuses, chacun tentera de tirer la couverture à lui, de tirer profit de ce carnage. En jonglant s'il le faut avec les pires raccourcis, les clichés les plus délétères.

Lutter contre les amalgames, c'est aussi lutter contre un racisme rampant qui risque d'autant plus de prospérer sur notre territoire autant que dans nos urnes, particulièrement avec des prophètes à la manière d'Éric Zemmour. Charlie-Hebdo était un journal qui, tout en se revendiquant athée, n'a jamais confondu musulmans et intégristes, sans se priver d'ailleurs de critiquer les uns comme les autres.

J'écris ton nom

Ceux-là, qui parlent de « Français d'origine musulmane », qui établissent un lien entre demandeurs d'asile syriens et futurs terroristes, qui prêchent la « préférence nationale » plutôt que la solidarité du même nom, qui rêvent de frontières closes et de vaches bien gardées, n'incarnent pas le modèle social dont rêvent certains de leurs électeurs.

La colère est légitime mais la laisser nous abrutir est criminel. Peut-être est-il au contraire temps de se remettre en question, de faire le point sur ses certitudes, de s'interroger sur ce qui a été fait, en bien ou en mal, et sur ce qu'il reste à faire. La haine ne créera jamais que de nouveaux bourreaux.

Tout le monde aujourd'hui clame son attachement à la République et à la Démocratie, mais il ne suffit pas de le dire. Il faut encore que chacun à son échelle tente d'empêcher qu'en leurs noms, certains se mettent à museler les valeurs qui fondent notre nation.

 

Illusration d'Étienne Hébert

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