Que le chômage soit un fléau ne doit pas amener à le confondre avec son presque homonyme « chaumage », qui consiste à « récolter le chaume », autrement dit la tige des céréales qui demeure après la moisson, proche de la paille ou de l'éteule. Une activité champêtre loin d'être de tout repos, contre une inactivité forcée généralement urbaine et tout sauf bucolique.

Il est cependant difficile de résister aux calembours. Ennio Morricone ayant composé, pour le film Il était une fois la révolution, une magnifique musique où les choeurs semblent égrèner de délicats « chaum chaum chaum » (« sean, sean sean » en réalité) qui servirent plus tard la cause publicitaire d'un célèbre fromage, les Nuls ne purent s'empêcher de l'associer pour leur part au chômage, avec ce slogan provocateur : « ».

Au-delà de l'éloge de la paresse, que nous évoquions précédemment en parlant du mot « travail », il faut prendre ici en compte la dimension sociale du chômage. Celui-ci est généralement subi, ou considéré comme tel, et son apologie relève volontiers de la subversion. Il faudra une groupusculaire formation punk telle que Les Cafards pour oser chanter « »...

Plan Canicule

Cependant, le chômage n'a pas toujours désigné un arrêt de travail dû à des conditions économiques ou sociétales. Issu du bas latin « caumare » provenant lui-même du grec ancien « kauma » signifiant « chaleur », le mot « chômage » désignait étymologiquement le fait de cesser le travail durant les fortes chaleurs. A noter que le même terme grec donnera également naissance au mot « calme ». Le chômage originel est donc à rattacher à la notion de repos et d'économie de soi, bien loin des affres qu'il fait aujourd'hui vivre à celui qui en est victime.

Victime est bien le mot qui convient, tant le vocabulaire entourant la notion de chômage est violent. On est « touché par le chômage », on entend parler de « pic du chômage », et les « courbes du chômage » évoquent plus volontiers les variations fiévreuses d'un thermomètre intime que la silhouette d'une ravissante pin-up. Le mot lui-même fait trembler les médias, symptôme grippal par excellence.

On retrouve l'étymologie originale du mot « chômage » lorsque l'on parle des « jours chômés ». Et l'on constatera que cette locution est clairement passée de mode. On n'entend plus parler aujourd'hui que de jours « fériés », parfait synonyme qui a le mérite d'éviter de rapprocher de trop près la notion d'un jour de repos offert par une fête religieuse ou civile avec celle d'une inactivité professionnelle qui confine à la maladie honteuse.

De l'art d'en faire trop

Bien entendu, l'ironie est facile. Le chômage est une douleur, une souffrance, pour l'immense majorité de ceux qui, suite à une restructuration économique, une fermeture, un licenciement ou un accident de la vie, se retrouvent presque du jour au lendemain dans cette situation. Mais la diabolisation de la chose est-elle en mesure d'aider qui que ce soit ? Pense-t-on réellement aider le chômeur dans ses démarches en lui représentant son statut social comme une pathologie ?

Le drame se nourrit de lui-même. Quand un syndicaliste s'exclame, alors que l'on envisage de fermer une usine alimentaire coupable de transformer le cheval en bœuf, que cela revient à « condamner à mort des salariés », ne fait-il pas preuve d'une outrance coupable ? On a connu de meilleures manières de motiver des salariés inquiets que de leur dépeindre le chômage comme un peloton d'exécution.

Ajoutons à cela les fantasmagories de toute une presse de droite ou d'extrême-droite qui veut qualifier les chômeurs de profiteurs ou de fainéants, coupables forcément de percevoir des indemnités pour lesquels ils ont cotisé, ou de ne pas accepter le premier emploi venu, qu'il s'agisse de militaire de carrière ou de strip-teaseuse dans un cabaret. Le chômeur est non seulement malade, mais il a en plus le mauvais goût de ne pas guérir !

Peut-être faut-il alors essayer de revenir au « calme » des Grecs antiques, les Grecs contemporains ayant pour leur part d'autres dettes à fouetter. Peut-être faut-il se demander si la priorité, avant que de n'user des grands mots, n'est pas de se pencher sur les petits remèdes. Et se demander si la promotion des mesures prises par les gouvernements (de droite comme de gauche) allant dans le sens de l'emploi n'est pas plus constructive que de se focaliser sur des chiffres mensuels ou de s'émouvoir sur les bugs de SFR.

Quand le chômage emploie

On peut aussi, et surtout, s'en remettre à la sagesse de nos auteurs. Au regretté Yvan Audouard par exemple, qui notait que le chômage a « un seul avantage : les accidents de travail y sont rares ». Ou au non moins regretté Coluche, qui faisait remarquer que les chômeurs se plaignent de ne pas avoir de travail, alors que ceux qui travaillent se plaignent de travailler.

Une assertion qui peut s'avérer d'autant plus vrai que les chômeurs sont les premiers à donner du travail aux autres. Il suffit d'aller voir sur Internet le nombre de sites proposant, ou prétendant proposer, une quantité mirobolante d'offres d'emploi, pour comprendre que le chômeur est aujourd'hui une cible économique aussi enthousiasmante pour certains que les seniors ou les adolescents. Si le marché de l'emploi est sinistré, l'emploi n'a jamais autant plus aux marchés.

Et considérant le nombre de structures privées comme publiques dédiées à l'accompagnement des chômeurs, avec plus ou moins d'efficacité voire d'honnêteté selon les cas, on peut décemment penser qu'un retour au plein-emploi en France serait sans doute une véritable catastrophe économique... tant cela mettrait un nombre invraisemblable de gens au chômage !

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