On parle de plus en plus aujourd'hui de la mobilité, sous ses aspects économiques et écologiques, entre autres. Mais la question peut se poser : qu'est-ce que spécifiquement la mobilité ? Comment la comprendre ? Le Bon Plan s'essaye, en conclusion à son grand dossier sur le thème, à un petit exercice philosophique.

Tout change. Du moins tout ce qui nous environne et tout ce que nous percevons. Les étoiles accomplissent une sorte de rotation, le soleil se couche, la pluie tombe, les plantes croissent et se fânent, les animaux chassent ou prennent la fuite, et les hommes se déplacent, en voiture, peut-être, pour aller au travail, ou même avec une fusée pour aller sur la lune. Donc la mobilité, à sa racine, ce n'est pas seulement le tram ou le vélo, mais celle-ci structure l'univers tout entier.

A l'origine, le terme qui convient proprement ce n'est pas « mobilité » mais « mouvement ». On le sait peut être peu mais le problème du mouvement est le problème originel de la philosophie ; c'est précisément cette question là qui est à l'origine de la science occidentale dans son ensemble, et si aujourd'hui on est capable d'envoyer des satellites autour de la Terre, c'est parce qu'on a commencé à se demander quelles étaient les lois du mouvement, les propriétés des corps, avant de mettre au point, sur la base de la science, des techniques efficaces.

Passionnant non ? Alors du coup, que peut-on dire sur le mouvement ? D'abord qu'il y a différentes sortes de mouvements. On distingue par exemple le mouvement dit « local », c'est à dire le déplacement d'un lieu à un autre, mais on peut aussi parler du mouvement quand on voit une fleur s'épanouir : elle occupe le même lieu où elle pousse, mais pourtant elle change, et ce changement peut aussi être considéré comme un mouvement.

Et encore, on peut distinguer les êtres qui se meuvent d'eux-même, par exemple l'homme qui a la capacité de se mettre en mouvement selon son gré, et les êtres qui n'ont pas en eux-mêmes la capacité de mouvement, et qui, si elles sont mues, sont nécéssairement mues par autre chose, par exemple le galet que l'on lance sur l'eau pour faire des ricochets. C'est à dire que pour qu'il y ait mouvement, il faut nécessairement qu'il y ait un moteur. Les premiers philosophes grecs ont alors élargi le problème, en ne considérant, non plus le mouvement au seul niveau des choses, mais en cherchant à comprendre le mouvement universel, c'est à dire le mouvement de l'univers tout entier, c'est à dire le mouvement du cosmos. C'est de là que la question de Dieu entrait dans la discussion, quand on se demandait si l'univers avait un sens, si une pensée dirigeait le mouvement.

C'est bien là une question, car il n'est pas absolument évident que l'univers ait un sens, mais par contre ce qui est absolument certain c'est que le mouvement a un sens pour l'homme. Une expression bien connue l'illustre : on parle du « mobile » de l'action, on cherche à comprendre le « mobile » d'un crime, c'est à dire que pour l'homme le mouvement s'accompagne toujours de compréhension, et, très basiquement, de la compréhension de l'espace. Pour la compréhension ordinaire l'espace n'est pas encore conçu et compris comme il l'est en physique, parce que pour l'homme il n'y a pas d'abord d'espace abstrait, mais une réalité déterminée, étendue certes, mais dont la seule extension ne rend pas totalement compte.

L'homme est un être qui aménage l'espace en fonction de ses besoins. A la base il construit sa maison pour dormir, cultive le champ pour se nourrir, se rend au temple pour s'assurer les faveurs des divinités. Et du coup si l'homme s'oriente dans l'espace c'est en fonction de ses besoins ou de ses aspirations.  Et c'est précisément cette caractéristique de la condition humaine qui fonde le problème de la mobilité aujourd'hui.

On peut concevoir que notre société s'élabore autour de la gestion de nos besoins. On habite et on travaille, principalement, et dans nos sociétés contemporaine, nous ne sommes, pour un très grand nombre, plus à la ferme où les travaux agricoles s'effectuent à proximité de l'habitat. On peut très bien travailler assez loin de son domicile. Et c'est pourquoi la mobilité devient en premier lieu un problème. Parce que de toute nécessité il faut bien dormir aussi bien que gagner sa croûte. La mobilité est donc un besoin. Elle n'est pas un luxe. Elle est nécessaire. Au point que quand on découvre que l'usage massif de la voiture a des conséquences écologiques dramatiques, on envisage des « transports alternatifs » pour répondre à la nécessité de la mobilité. On pourra inventer tous les moyens de transports que l'on veut, il faudra toujours qu'il y en ait un (fut-ce la marche à pieds).

La mobilité est donc une exigence, et plus on parviendra à l'améliorer, plus c'est, au final, l'existence humaine qui s'améliorera. Pour conclure, remarquons encore ceci : dans la mesure où la mobilité est un problème qui s'élabore, au niveau politique et social, avec la mise au point d'outil de covoiturage dynamique par exemple, dans la mesure où cette problématique trouve progressivement réponse, on peut aussi parler de mobilité : c'est la mobilité du problème de la mobilité, qui montre là aussi que pour l'homme tout mouvement a un sens.

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