Lundi 5 août au matin, Alain Guézou a pris le départ d'une longue marche qui doit le mener de Grenoble à Paris, où il espère pouvoir remettre une lettre à François Hollande. Alain Guézou, fondateur de l'association RSA 38, est un homme de conviction, militant acharné des droits des titulaires du RSA, qu'il juge trop souvent ignorés, méprisés ou stigmatisés.

Vingt-quatre heures après son départ, largement relayé par la presse régionale, nous l'avons contacté pour faire le point de cette première journée et, surtout, évoquer avec lui les objectifs de sa démarche.

« J'ai 612 kilomètres devant moi, j'ai tout le temps pour parler ! »

Quel est le but de cette marche ? « Vous vous souvenez que le 8 août de l'année dernière, Jean-Louis Cuscusa, un allocataire du RSA, s'est immolé par le feu. En tant que président de RSA 38, je veux rendre hommage à la mémoire de l'un des nôtres, sans faire de vague, dans la discrétion. »

Mais à cette démarche « d'amitié et de respect pour l'un d'entre-nous » s'est greffé une autre ambition : « une démarche plus politique, qui est de dire à monsieur Hollande qu'en septembre vont se tenir les journées sociales sur la retraite et que les seuls à ne pas être invités sont les allocataires du RSA ! »

« Quand on est au RSA socle, continue Alain Guézou, on ne cotise pas pour notre retraite. Ce sont des trimestres qui ne comptent pas. Moi qui ai 56 ans, qui serai dans dix ans à la retraite, je suis condamné à vivre des minima sociaux jusqu'à ma mort ! »

« On a préféré que cela soit un homme seul qui parte : un homme seul fait plus de bruit qu'un groupe. L'idée, c'est de faire résonner la parole de l'ensemble des allocataires du RSA, pour montrer qu'ils ne sont pas que des assistés, qu'ils savent eux aussi relever des défis. »

Quelle résonance médiatique ? « Pour l'instant, au niveau national, il n'y a pas grand-chose, mais je trouve des gens au bord de la route qui viennent me soutenir. J'ai également eu plus de soixante appels sur mon téléphone en une journée, uniquement pour me remercier et m'encourager, et qui ne proviennent pas seulement de gens qui sont au RSA. Ce que j'espère, c'est qu'il en soit ainsi sur tout le parcours. »

« Pour certains, le RSA, c'est : Revenu de Sombre Avenir »

« L'important, c'était que chez nous on sache qu'il y a des gens qui sont au RSA et qui veulent se bouger. On nous stigmatise, bien plus par méconnaissance que par méchanceté. Beaucoup de gens ont peur de tomber au RSA, et la peur suscite l'agression. Nous voulons montrer que l'on peut discuter ensemble, sans violence et sans agressivité. On ne remet pas en cause les gens, on remet en cause le système ».

Que contiendra la lettre qu'Alain Guézou veut adresser à François Hollande ? « Cette lettre, elle se rédige au fur et à mesure de la marche, nous répond-il. Elle parlera essentiellement de la question des retraites, où nous demandons à être pris en compte. Mais mon rêve, c'est que l'on nous réceptionne sur le perron de l’Élysée avec un verre de limonade, et que l'on puisse enfin discuter ensemble. »

« Il suffirait que madame Fioraso ou monsieur Vallini envoie un message à l’Élysée pour demander au Président de prendre quelques minutes de son temps pour nous recevoir. François Hollande avait dit durant sa campagne qu'il ne laisserait personne au bord de la route. Me voici au bord de la route : à lui de tendre la main et de faire un geste. De nous recevoir, moi et quelques autres allocataires qui m'auront rejoint, afin que nous puissions lui expliquer une situation qu'il ne connaît pas. »

Sur la route, encore...

Alain Guézou rappelle, pour conclure, quelles réponses avaient été apportées au suicide par immolation de Jean-Louis Cuscusa : « des couvertures anti-incendie, et des vigiles... Bonjour la réponse sociale ! »

« Les trois endroits où sont reçus les précaires, c'est-à-dire les préfectures, la CAF et Pôle Emploi, il y a des vigiles ! » souligne-t-il encore, pour montrer la situation de stigmatisation qui, pour lui, est flagrante dans ce pays. « On fait si peur que ça, les précaires ? »

Et comme pour mieux contrarier les clichés entourant les personnes vivant aux minima sociaux, le président de RSA 38 nous raconte comment il a été accueilli, pour la première nuit de son pèlerinage social. « Un moment très sympathique, à Renage, où j'ai rompu le jeûne du Ramadan dans une famille marocaine absolument remarquable. »

Le lendemain matin, aux aurores, en direction de la capitale qu'il espère rallier d'ici une vingtaine de jours, Alain Guézou reprenait sa marche. Sur le bord de la route.

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