Catastrophe, désastre aux proportions bibliques, apocalypse, les mots ne sont pas suffisamment forts pour décrire ce qu’est en train de vivre le Japon depuis vendredi dernier. Entre le tremblement de terre, le tsunami et l’incident nucléaire de la centrale de Fukushima, l’Empire du Soleil Levant connaît sa plus grave crise depuis 1945. Jean-Marie Buissou, spécialiste du Japon contemporain, analyse dans Télérama l’ambiguïté psychologique du peuple japonais face à ces évènements : « on s’étonne souvent que le Japon, constitué d’un archipel assez fragile, dont des centaines de milliers d’habitants ont péri à cause de l’arme atomique, ait le troisième parc nucléaire du monde. Mais le mouvement antinucléaire japonais n’a jamais réussi à mobiliser autant que les antinucléaires allemands, par exemple. Cela s’explique par le fait qu’au plus profond d’eux-mêmes, les Japonais se disent qu’ils ont vécu la catastrophe nucléaire, qu’ils y ont survécu, et qu’ils ont même rebondi plus loin encore. Pour eux, le nucléaire n’est donc pas la fin du monde».

 

Interrogé par Marianne2, le géographe Jean-Robert Pitte, ancien président de l’Université Paris Sorbonne, abonde dans le même sens, en prenant exemple des précédentes catastrophes qu’a connues l’archipel nippon. « Après la seconde guerre mondiale, explique-t-il, toutes les grandes villes ont été rasées, toutes les infrastructures industrielles ont été détruites, il ne restait que les terres agricoles. Le tout dans des conditions d’humiliation très difficiles compte-tenu de la façon dont on avait galvanisé les gens autour de l’idée du Grand Japon. Ce qui est fantastique, c’est que, 20 ans après, ce pays détruit intégralement était devenu la deuxième puissance du monde avec une population assez restreinte. C’est un relèvement d’une rapidité extraordinaire, bien dans la mentalité japonaise, l’idée que tout est impermanent, rien n’est stable, les catastrophes nous pendent au nez et quand ça arrive, on repart. Ce n'est pas une civilisation de l’abattement. Il y a un optimisme fondamental que nous n’avons pas chez nous ». Et Jean-Robert Pitte de conclure : « les Japonais pleurent leurs morts mais ils ne cherchent pas un bouc émissaire. Cela témoigne aussi d’une certaine attitude vis-à-vis de la vie et de la mort. L’Occident qui a une peur panique de la mort et du vieillissement devrait en avoir une vision plus détachée. Les Japonais n’attendent rien pour après, parce que la vie et la mort sont confondus, il n’y a pas de frontières entre les deux. C’est quelque chose qui est profondément ancré en eux ».

Slate.fr revient lui sur le danger nucléaire en évoquant le fameux spectre du syndrome chinois. « Popularisé en mars 1979 par le film du même nom réalisé par James Bridges, nous apprend l’article, ce long métrage mettait en scène un scénario imaginé huit ans plus tôt par un physicien américain: celui d’un réacteur nucléaire construit par des sociétés peu scrupuleuses présentant une série de défaillances qui conduisent au «dénoyage» de son combustible. Faute d’être correctement refroidi, celui-ci monte en température, fond, traverse la cuve qui le contient, puis ronge le béton du bâtiment réacteur et commence, tel un dard de chalumeau, un long chemin dans le sol qui menace de le conduire jusqu’en Chine de l'autre côté de la terre! ». Un scénario improbable, mais deux semaines seulement après la sortie du film, la centrale américaine de Three Mile Island a connu une surchauffe de l’un de ses réacteurs et l’on était alors passé à deux doigts d’une catastrophe nucléaire de grande ampleur. Cette coïncidence du calendrier avait alors alimenté les peurs les plus folles…

En France, ces évènements dramatiques ont fait bien évidemment resurgir le débat sur l’énergie nucléaire. Mais on en oublierait presque que le premier tour des élections cantonales va se dérouler dimanche prochain. Les Inrocks sont allés du côté du marché de Raincy, en Seine Saint-Denis, pour prendre la température : « à gauche comme à droite, on craint une forte abstention les 20 et 27 mars. Ces cantonales ne sont pas couplées avec un scrutin plus mobilisateur, comme les municipales. "Ça vous intéresse les cantonales ?" Ce matin au Raincy, sur l'échelle de l'excitation électorale ça donne à peu près ça : aucune pour les 18-30 ans, un frétillement chez les 30-55 et un réflexe de vote pavlovien et républicain pour les plus de 55 ».

Heureusement, on peut toujours compter sur une bourde d’un candidat quelconque pour relancer l’intérêt des médias. Cette fois-ci, c’est Josaine Plataret, candidate suppléante UMP en Ardèche, qui se retrouve sous les feux des projecteurs. Elle a en effet multiplié sur sa page facebook des blagues à caractère raciste, peut-on lire sur LeMonde.fr, « en tenant à plusieurs reprises des propos inacceptables sur son mur public. Tour à tour sont visés les musulmans, les Arabes, les homosexuels, les fonctionnaires", dénonce SOS-Racisme ». Malgré ses excuses, Josaine Plataret a été immédiatement suspendue par la direction de l’UMP.

Pendant ce temps-là, Reporters Sans Frontières a publié son rapport sur les pays ennemis d’Internet dans lequel la France fait son entrée en tant que "pays sous surveillance", en même temps que la Libye et le Venezuela…  « Hadopi, Loppsi, atteinte à la neutralité du net... Nous avons voulu tirer le signal d'alarme, précise Lucie Morillon au NouvelObs.com. 2010 a été une année difficile pour certains journalistes en ligne avec, suite aux différents cambriolages, l'instauration d'un climat non serein. Par ailleurs, avec la mise de l'Hadopi qui prévoit comme sanction la coupure de ce droit fondamental qu'est l'accès à Internet et l'instauration d'un filtrage du web par la Loppsi, c'est la liberté d'expression qui est menacée ».

Nous vivons ainsi une période bien sombre et le temps présent ne prête donc guère à sourire. Mais un homme lutte contre la morosité ambiante, pour nous régaler de ces histoires potaches et de ses déclarations grivoises. Cet homme, c’est Silvio Bersluconi. Il est toujours là, fidèle au poste, faisant fi de l’opinion publique, des juges et de la communauté internationale. « “J’ai 75 ans et même si je suis polisson, 33 femmes en deux mois me semble de trop, même pour un trentenaire. C’est en ces termes que le président du conseil italien, qui fait l’objet d’une enquête pour prostitution de mineurs, a commenté le rapport d’enquête final du parquet de Milan dans une interview à la Repubblica». Une sérénité à toute épreuve, un aplomb en toute circonstance, une foi absolue en sa bonne étoile, non il ne peut rien arriver au président du Milan AC. « Appelé à être jugé en comparution immédiate par la justice italienne pour avoir eu des relations sexuelles tarifiées avec la jeune Karima El Mahroug surnommée «Ruby Rubacuori» («la voleuse de coeur» en italien), mineure au moment des faits, le rapport final du parquet de Milan rapporté par le Corriere Della Sera n'épargne pas le Président du Conseil italien, souligne l’article de Slate.fr. Selon cette enquête, Ruby aurait eu à «treize reprises des relations sexuelles avec Silvio Berlusconi, en échange d’une compensation financière et d’autres avantages». La jeune Marocaine n’aurait pas été seule au moment des faits puisque 32 autres jeunes femmes majeures auraient également participé à ces fameuses soirées ». Après tout, le proverbe dit bien « Abondance de biens ne nuit pas ».  Peut-on vraiment reprocher à Silvio de ne pas respecter ce dicton populaire, au bon sens légendaire ?

 

Illustrations: Nolwenn Tizzotti
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