Cela fait maintenant une semaine qu’a été votée au Conseil de sécurité des Nations Unies la résolution 1973 qui instaure une zone d’exclusion aérienne au-dessus du territoire libyen. Les pays de la coalition internationale ont donc l’autorisation de bombarder les forces du colonel Kadhafi, dans le but officiel de protéger les rebelles insurgés. Aux Etats-Unis on parle d’Opération Aube de l’odyssée tandis qu’en France celle-ci s’appelle Opération Harmattan, du nom d’un vent chaud et sec d’Afrique de l’Ouest. Slate.fr revient sur l’origine de ces noms d’opération. « En France, nous apprend l’article, c’est le Centre de planification et de conduite des opérations (CPCO), qui dépend de l'Etat-major des armées, est en charge de décider des noms donnés aux opérations dans le cadre de leur planification et de leur conduite. Le premier critère dans le choix est la neutralité: le but est de ne véhiculer aucune symbolique significative, pour montrer qu'il s'agit bien d'une planification militaire réfléchie et non d'une guerre idéologique ». Ainsi, en Afghanistan, « deux semaines seulement après les attentats du 11 septembre, Washington a dû rebaptiser la campagne «Operation Enduring Freedom» (Liberté immuable), car le nom initial, «Operation Infinite Justice» (justice sans limites), véhiculait trop clairement la notion de revanche aux yeux du monde musulman ».

 

En tout cas, il n’y a pas si longtemps, la France et la Libye n’étaient guère fâchées. Libération nous rappelle que le 21 octobre 2010, Christian Estrosi, alors ministre de l’Industrie, s’était rendu en Libye, lors d’une visite officielle. « A l’issue de cette rencontre, poursuit le journal,  un accord de partenariat commercial avait été signé entre les deux pays. Comme le précise la dépêche de l’agence Reuters de l’époque, selon Christian Estrosi, cela devait «conduire à une coopération stratégique dans les domaines du transport, de la santé, de la construction, des hydrocarbures et de l'énergie nucléaire civile». Il y a cinq mois, la France était donc prête à collaborer sur le nucléaire avec Mouammar Kadhafi, qui est maintenant un dictateur fou, tyrannique et mégalomaniaque…

« L'administration Obama veut se débarrasser de la «patate chaude» libyenne. Mais les Américains veulent-ils pour autant voir la France assumer le leadership de la coalition dans les phases à venir ? » s’interroge lui Le Figaro.  « Si la fermeté de Sarkozy a fait l'admiration d'une partie de la classe politique américaine, poussant Obama à s'engager, un mélange d'ironie et de scepticisme continue de prévaloir quant aux capacités françaises et européennes », précise l’analyse. Et de citer Jim Hoagland du Washington Post : «de la Seconde Guerre mondiale à l'affaire irakienne, les stéréotypes ont la vie dure, et les Américains ne réalisent pas que la France est l'une des seules puissances militaires capables d'agir».

Il faut néanmoins souligner que Nicolas Sarkozy a apparemment le don d’énerver les partenaires de la coalition. Selon le Financial Times (repris par Slate.fr), « la décision de la France d’attaquer sans en informer ses alliés, et sa réticence à transférer les pouvoirs à l’Otan a irrité ses partenaires. Une réunion de l’Otan a même été écourtée lundi 21 mars après que le secrétaire général de l’organisation a critiqué la France pour avoir bloqué l’Otan et l’Allemagne pour ne pas s’impliquer plus, provoquant le départ des représentants des deux pays ». Un responsable occidental a d’ailleurs confié au quotidien londonien : « alors que nous nous rapprochions d’un accord à l’Otan, la France a soudainement tout bloqué, ce qui nous a d’abord troublé. Mais après, tout est devenu clair: Sarkozy voulait annoncer des frappes à la sortie de sa réunion à Paris où il menait la danse ».

En France, nous nous trouvons en ce moment en plein entre-deux tours des cantonales. Le scrutin de dimanche dernier a été marqué par une forte abstention, par une déroute de l’UMP et par une progression du vote Front National. Le début de semaine a été l’occasion d’une véritable cacophonie à la tête du parti de la majorité quant à l’attitude à adopter vis-à-vis du FN. Dans Marianne, Jack Dion revient sur le comportement de Nicolas Sarkozy sur ce positionnement : « celui qui se considère d’abord comme le Président de l’UMP a expliqué à ses troupes qu’il n’y avait pas à choisir entre la gauche et le FN. Officiellement, c’est le « ni-ni ». En vérité, c’est le « oui-oui » à une alliance idéologique avec le FN en espérant ainsi se sortir du guêpier annoncé pour 2012 ». Et le journaliste de conclure : « en 2007, le Président de la République s’était vanté d’avoir ramené une partie de l’électorat FN au bercail républicain en séduisant les déçus de la gauche par son volontarisme affiché. En vue de 2012, il a décidé de directement s’abreuver à la source politique du FN et de s’installer à demeure sous sa tente idéologique ».

La France est donc malade et le mal est profond. Pour son dernier rapport en tant que Médiateur de la République, Jean-Paul Delevoye dresse un constat très alarmant de la société française. « Épuisée, en plein «burn-out», elle ne fait plus confiance aux institutions, se méfie des politiques et met en cause des lois trop nombreuses et peu efficaces » nous informe Le Figaro. Il est vrai que le tableau est bien sombre : « des chômeurs ne croient plus à l'efficacité du Pôle emploi et préfèrent travailler au noir, des élèves ne vont plus à l'école. L'administration a perdu sa capacité à faire du surmesure pour les personnes en difficulté et 40% des Français estiment être abandonnés, selon un sondage datant de la fin 2010 » relève le médiateur. Un dernier chiffre résonne de manière inquiétante ces temps-ci, puisque « un Français sur trois, au nom de l'efficacité, est prêt à voter pour un homme ou une femme forte, même s'il ne respecte pas les valeurs de la démocratie »…

Malheureusement, les choses ne vont pas aller en s’améliorant. Dans le rayon des bonnes nouvelles, sachez que faire ses courses coûtera beaucoup plus cher en 2011. Le Parisien/Aujourd’hui en France fait la liste de ces augmentations : « les prix des farines devraient progresser en moyenne de 15 à 20%, celui des pâtes alimentaires de 5 à 10%, le café de 10 à 20%, le beurre de 4 à 8%, le prix de l'huile devrait augmenter de 5 à 8%, celui du fromage de 2 à 4%, le pain de 5 à 7% et les biscuits entre 3 et 10% ». L’électricité elle aussi va faire du mal aux porte-monnaies. Les Echos nous révèlent ainsi que « dans le cadre de la loi Nome (nouvelle organisation du marché de l'électricité), E.D.F. vient de proposer aux pouvoirs publics un dispositif qui amènerait à augmenter la facture des particuliers de 5,1 % à 6,5 % par an jusqu'en 2015, inflation comprise. Une nette rupture avec les hausses des dernières années, comprises entre 1 % et 3 % par an. Sur cinq ans, cela aboutirait à une augmentation de 28 % à 37 % ». Peut-être que si l’une des centrales nucléaires explose, on aura droit à une petite ristourne, voire un geste commercial.

Pour terminer en beauté cette semaine ô combien réjouissante, rions un peu avec nos forces de l’ordre, à l’intelligence sublime et à la sobriété légendaire, qui savent aussi s’amuser. Notamment sur Facebook, où ils n’hésitent à commenter de manière humoristique leurs photos d’arrestations, de manifestations, d’émeutes, etc… On peut avoir un échantillon sur le site des Inrocks. Comme par exemple ce CRS, qui commente son propre cliché, où l’on voit au loin une manifestation vue par le viseur d'un flashball : « Occupation de petits collégiens... Cours d'instruction civique lol ». Huit personnes aiment ça…

 

Illustrations: Nolwenn Tizzotti
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