Beaucoup de bruit pour rien? Un sondage du CSA réalisé par RTL révèle que « la majorité des Français se disent pessimistes sur la situation économique ». Les chiffres sont sans appel : 64 % des sondés affirment que l'économie française ne redémarre pas, ou 58 % d'entre-eux disent « tout à fait » ressentir le « ras-le-bol fiscal suite aux récentes hausses d'impôt ».

Ce n'est pas le premier sondage publié à consulter un panel de personnes pour les interroger sur leur ressenti concernant des questions d'importance, mais la méthode interroge plus que les résultats. Si ces sondages ont le mérite de prendre le pouls de l'opinion, sans toutefois jamais préciser leurs marges d'erreur, les enseignements que l'on peut en tirer sont rarement confondants.

Portes ouvertes et courants d'air

Ainsi, que doit-on conclure du fait qu'une majorité des sondés ne « perçoivent pas de redémarrage » ? Rien de plus que ce que l'intitulé de l'information propose. Relayée par des sites principalement voués à l'actualité économique, ce sondage ne porte en soi aucune réalité tangible, il ne fait état que d'une « perception », nécessairement subjective.

Dans le détail, on constatera que les sympathisants du Parti Socialiste estiment à 75 % que l'économie redémarre, de même que 68 % des personnes ayant voté François Hollande dès le premier tour des Présidentielles de 2012. A contrario, les personnes opposées à la majorité en place voient l'avenir beaucoup plus en noir : 82 % des électeurs de Nicolas Sarkozy et 84 % des électeurs de Marine Lepen ne voient pas de redémarrage. De quels éléments disposent chacun de ces sondés pour se faire une opinion, en-dehors de leur sensibilité politique ?

Ce sondage nous révèle donc que les personnes marquées à gauche font plus confiance à un gouvernement de gauche que les personnes marquées à droite. Par exemple, 95 % des sympathisants UMP ne pensent pas le gouvernement socialiste capable de faire baisser le chômage. L'inverse eût été surprenant !

Deuxième « information » : le « ras-le-bol fiscal », que tant de Français disent ressentir. Là encore, cette impression traduit-elle une réalité ? Il serait d'une abyssale mauvaise foi de nier que les impôts ont augmenté, mais l'emploi même de l'expression « ras-le-bol » n'est-elle pas une manière d'orienter les réponses ? Sans compter qu'en règle générale, personne n'aime payer des impôts. La preuve en est que les sympathisants du PS, comme les autres, jugent en payer trop.

Chacun souhaiterait faire payer les autres : les classes moyennes considèrent que les hauts revenus ne payent pas assez, les hauts revenus jugent avoir par trop contribué et voient les bas revenus comme des privilégiés fiscaux, mais quelle réalité économique se cache derrière ces considérations subjectives, aussi respectables puissent-elles être ? Aucune. Ne sont perceptibles que des réalités politiques. 87 % des électeurs FN crient au ras-le-bol fiscal, mais le Front National n'est-il pas traditionnellement le parti le plus véhément à l'égard du principe même de l'impôt ?

Truismes et tautologies

Le CSA propose ici un sondage parfaitement tautologique, qui nous révèle que les gens de droite ne sont pas de gauche et que les personnes opposées à l'impôt trouvent qu'elles en payent trop. Ajoutons à cela que ce sondage a été réalisé par internet sur un panel d'un millier de personnes, et l'on finira de s'interroger sur le sérieux de l'entreprise.

Peut-être faudrait-il s'inquiéter, aussi risibles soient-ils, de cette recrudescence de sondages d'opinion sur des questions de société ou d'économie tangibles. Ils sont l'illustration d'un procédé pour le moins contestable, consistant à faire passer le ressenti des Français pour une réalité en soi. Justice considérée trop laxiste alors que les prisons débordent, Roms désignés comme nouveaux envahisseurs du territoire alors qu'ils ne sont que vingt mill en France, et aujourd'hui relance économique jugée invisible quand certains indicateurs concrets indiquent pour leur part la possibilité d'une embellie...

Une démocratie ne peut ignorer l'opinion de son peuple, mais considérer sa parole comme seul élément à prendre en compte au-delà des réalités revient à tout sacrifier aux désirs d'un enfant capricieux, ce qui n'est jamais un service à lui rendre. Les médias ont-ils réellement à gagner en suivant cette voie, eux qui sont largement décrédibilisés au sein de l'opinion, accusés des pires maux et soupçonnés des pires turpitudes ? Certains journalistes auraient tout intérêt à réaliser qu'en matière d'information, la pédagogie a tout intérêt à primer sur la démagogie, tant l'Histoire nous a appris vers quel genre de politique peuvent mener les fantasmes ou les phobies populaires...

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