La semaine dernière, le gouvernement organisait sur l'initiative de François Hollande un groupe de réflexion des ministres autour de l'année 2025. Le Président leur avait donné comme devoir de vacances la rédaction d'une dissertation sur cette question cruciale. En effet, quoi de plus important pour l'avenir que le futur ?

 Ironie mise à part, peut-on (ou doit-on) réellement reprocher à des gouvernants de s'intéresser aux années à venir ? On a assez reproché, et Jean-Marc Ayrault ne s'en est pas privé en ouverture de ce séminaire, au précédent Président de gouverner au jour le jour, sans réelle vision d'avenir ni objectifs à long terme.

 

Quand je serai grand...

Toutefois, et c'est finalement le cas de tout devoir d'école, cette réunion publique est aussi l'occasion de repérer les « bons » et les « mauvais élèves », ceux qui ont réellement joué le jeu et ceux qui ont pris le parti d'utiliser cet exercice comme un outil de communication supplémentaire. Sans surprise, la majorité des participants s'inscrivaient dans la deuxième catégorie, et c'est de ceux-là dont on a le plus parlé.

Ainsi, François Hollande n'a pas apprécié que plusieurs ministres fassent parvenir à la presse leur « papier » avant d'avoir à en rendre compte en public. Une colère légitime puisque le but de l'exercice, outre de signaler aux Français que les ministres ne consacraient pas leurs vacances qu'au farniente, étaient de manifester une volonté commune des membres du gouvernement d'inscrire leur action dans la durée.

Retour vers le futur

Comme souvent avec les œuvres de science-fiction, il n'a été question de parler du futur que pour mieux parler du présent. Cécile Duflot, ministre du logement, a ainsi prédit la construction de six millions de nouveaux logements d'ici 2025, un manière de mettre en avant le manque criant de logement pour notre bien terne année 2013. La ministre souhaite que l'accès au logement devienne « une étape plaisante de la vie ». Ce qui, pour la jeunesse, représenterait en effet un soulagement similaire à la suppression du service militaire.

Dans le même ordre d'idée, Christiane Taubira table sur des prisons moins peuplées, une nécessité qui relève de l'urgence plus que de l'avenir, la France ne cessant de se faire tacler pour son taux de surpopulation carcérale qui rend la vie des détenus et de leurs gardiens impossibles.

Quant à Arnaud Montebourg, il veut envisager une France miraculeusement réindustrialisée, fleuron des industries propres et en pointe dans le domaine de l'automobile et de l'agroalimentaire. Soit les domaines où le pays est en perte de vitesse ou peine à s'imposer. Le ministre du Redressement productif puisqu'il veut également croire en une vague de relocalisation, ce qui apparaît hélas aussi souhaitable qu'improbable.

Ces annonces d'un optimisme surprenants ne sont presque rien à côté d'un Pierre Moscovici qui considère que le plein-emploi est un objectif « réaliste » pour 2025. Ou d'un Manuel Valls qui, pour sa part, a profité de ce séminaire pour s'inquiéter ouvertement de l'immigration africaine et remettre en cause le principe du regroupement familial.

Gouverner, c'est prédire

Que faut-il retenir de cette réunion de travail ? Qu'elle va probablement tomber aux oubliettes dès lors que le présent va reprendre ses droits. La rentrée sociale, comme tous les ans, s'annonce difficile pour le gouvernement, et rêver de 2025 sera d'ici peu un luxe qu'aucun ministre ne pourra plus se permettre. A moins de faire sien l'adage d'Alphonse Allais qui écrivait : « ne remets pas à demain ce que tu peux faire après-demain. »

Si, encore une fois, on ne peut pas reprocher à un gouvernement d'envisager le long terme, on pourra toutefois s'interroger sur la nécessité d'organiser pareil séminaire, dont les conclusions s'avèrent au final peu réalistes, quand tant de Français vivent leur situation sociale comme une urgence absolue. L'opération de communication a tourné court.

Les seules prévisions crédibles que l'on puisse émettre en ce qui concerne l'année 2025 est qu'elle aura bien lieu, commencera un premier janvier pour se conclure un 31 décembre, et que celui ou celle qui sera Président à ce moment-là ne manquera pas d'organiser à son tour quelques séminaires gouvernementaux.

Sur l'année 2040, au hasard ?

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