Donner la parole aux allocataires du RMI en leur confiant la réalisation d'un journal constitue la grande originalité du Bon Plan, depuis le premier numéro de février 1992. Ce fut la volonté, puis le souci constant de Philippe Fabrègue, l'initiateur du projet.

 

Donner la parole

Philippe Fabrègue avait été recruté à la fin de 1989 par le département de l'Isère pour prendre la responsabilité de la Commission locale d'insertion (CLI) d'Eybens, instance territoriale de coordination du tout nouveau dispositif RMI. A ce poste, comme dans les autres CLI de l'Isère, il disposait au début d'une grande autonomie de décision et d'action, et surtout d'un budget. Comme il le rappelle :

« C'est la chance qu'on peut avoir quand un dispositif naît : c'est qu'il n'y a rien. Cela a permis d'être inventif. Cela partait dans tous les sens ».

Cependant, la volonté de réaliser un journal pour et par les rmistes ne se concrétisa pas immédiatement. Au départ, devant la profusion d'initiatives, le projet avait été de mettre en place un outil de communication entre les professionnels de l'insertion et de l'emploi :

« Très vite est arrivée cette question : comment partager ce sur quoi l'on est en train de réfléchir, ce que l'on fait, comment communiquer nos expériences au sein de la CLI d'Eybens qui couvrait presque toute la banlieue de Grenoble et le Vercors ? »

Puis, Philippe Fabrègue et d'autres membres de la CLI prirent conscience de :

« l'importance qu'il y ait une expression des personnes, des rmistes eux-mêmes. Mais là, c'est plus dangereux, quand on commence à faire parler les gens. Donner la parole aux gens, c'est prendre des risques ».

Prendre un risque

Un temps assez long de persuasion fut en fait nécessaire :

« On a mis du temps à persuader petit à petit la CLI que c'était un enjeu sur lequel il fallait prendre un risque. Pendant un an, Le Bon Plan n'a existé que sur le territoire de la CLI. C'était les partenaires de la CLI qu'il fallait convaincre, notamment le représentant de l'Etat qui savait bien que les bénéficiaires du RMI allaient critiquer l'ANPE et les assistantes sociales du conseil général. Les communes aussi avaient peur de se voir reprocher les problèmes de logement. Cela a été consensuel au bout de deux ou trois ans ».

Entre les institutions et la rédaction du journal,

« cela a été un compromis. Deux ou trois fois, la CAF a demandé un droit de réponse, l'ANPE aussi. Mais, dans l'ensemble, les équipes qui se sont succédé pour rédiger Le Bon Plan ont essayé de faire un journal qui avait du sens, mais qui n'était pas un brûlot polémique ».

Un outil d'expression réelle

Contre certaines volontés de transformer Le Bon Plan en un simple journal d'information, notamment au moment de l'implication de la CLI de Grenoble, Philippe Fabrègue dut parfois réaffirmer les spécificités du journal :

« Je voulais qu'on ne lisse pas ce journal, qu'il reste un outil d'expression réelle, polémique ou pas, de ce que vivaient les bénéficiaires du RMI. Il fallait accepter l'idée que les gens puissent mal vivre d'être au RMI. En plus, il fallait combattre des idées qui sont encore plus développées aujourd'hui et qui existaient déjà à l'époque : qu'il y a toute une bande de profiteurs qui cherchent à en faire le moins possible et qui sont bien contents d'être rmistes. Bien sûr, cela pouvait exister, mais la plupart des personnes n'étaient pas vraiment heureuses de ce statut et ne souhaitaient qu'une chose : retrouver un travail digne qui leur permette d'être autonomes ».

Au début des années 1990, au moment du lancement du Bon Plan, Philippe Fabrègue avait déjà une vingtaine d'années d'expériences dans le domaine de l'action sociale. En accord avec ses convictions politiques d'humaniste de gauche, s'était forgée en lui cette idée que les personnes concernées par les aides sociales devaient être impliquées dans les actions qui les visaient :

« Je me suis toujours inscrit dans cette idée que l'insertion ou l'accompagnement ne peuvent fonctionner que si les gens sont les porteurs principaux du projet ».

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