Le mardi 9 avril 2019, l'association Un Toit pour tous, en partenariat avec la Fondation Abbé Pierre, a présenté son rapport annuel sur l'état du mal-logement en Isère à l'Auditorium du Musée de Grenoble.

 

L’article précédent portait un regard sur les chiffres obtenus lors des maraudes de la Nuit de la Solidarité. Ce deuxième article s’interroge sur les causes de cet état du mal-logement.


« Quand l’État abandonne les personnes sortants d'institutions »

« Il n'y a pas de statut de SDF, c'est un processus social. », a déclaré Richard Diot, directeur de l'accueil de jour du Point d'eau. Un processus social qui commence, selon lui, dans les institutions comme l'Aide Sociale à l'Enfance, les centres de détention et les hôpitaux psychiatriques. En dépit de l’investissement des travailleurs sociaux, ces trois institutions génèrent du mal-logement à travers les « sorties sèches ».

Les sorties sèches, ce sont les sorties de ces institutions sans accompagnement, sans filet de sécurité. En effet, ces trois institutions anticipent rarement les sorties, ces dernières pouvant être vécues comme des « expulsions programmées », nous dit Manuel Domergue, directeur des études à la Fondation Abbé Pierre, « une violence imposée à des personnes déjà fragilisées ». Se retrouvant souvent sans ressource, avec en plus des bailleurs réticents à leur accorder un logement, les personnes sortant de ces institutions se retrouvent trop souvent livrées à elles-mêmes. On estime que 26 % des personnes sans abris sont des personnes issues de l'Aide Sociale à l'Enfance et qu'un tiers des personnes à la rue souffrent de troubles psychiques sévères. Dans le cas des sorties de détention, le manque de solution et/ou d’accompagnement peut favoriser les récidives. On sait que le logement est la première condition à la réinsertion.

« Il faut également noter que ces trois publics se croisent, s’entremêlent, voire parfois n’en forment qu’un. […] Une personne pouvant passer successivement par l’ASE, la rue, la prison ou l’hôpital psychiatrique. » (L'État du mal-logement en Isère 2018-2019, Un Toit pour Tous)

Le manque d'accompagnement de ces institutions s'explique d'abord par un manque de moyens humains considérable. À la maison d'arrêt de Varces, ce sont (dans le meilleur des cas) 4 conseillers pénitentiaires d'insertion et de probation (CPIP) qui doivent prendre en charge 400 détenus. Il en est de même dans les hôpitaux psychiatriques où, bien souvent, il n'y a que deux assistantes sociales pour des centaines de patients. Ces moyens ne permettent pas à ces travailleurs sociaux d'être efficaces et d'accorder le temps nécessaire à chaque dossier.

Pour les jeunes sortants de l'ASE, l'Accompagnement Pour Jeunes Majeurs (APJM) n'est pas un droit. C'est un choix du département de l'accorder ou non à des « candidats », à cause d'un budget défini, qui provoque de fait des exclusions. L'accompagnement (aides accordées, durée…) varie d'un territoire à l'autre au sein même d'un département. Il n'y a aucun cadre commun à l'échelle nationale.

Manuel Domergue déplore également que les dispositifs d'accompagnement soient principalement tournés vers l'emploi et non le logement, alors qu'un logement stable est une condition nécessaire pour rendre effective la recherche et la pérennisation d'un emploi.

Quelles solutions sont mises en œuvre pour lutter contre le mal-logement ? Le prochain article porte sur la politique du logement d’abord.


Pour aller plus loin :

Rapport sur l’État du mal-logement en Isère 2018-2019

www.untoitpourtous.org
www.fondation-abbe-pierre.fr

 

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