93 000 euros ne pèsent pas lourd dans un budget de Conseil départemental. Mais c'est déjà trop aux yeux de son nouveau président, lorsqu'ils sont alloués en faveur des plus pauvres.

L'idée au logis

« Ce qu'une majorité a fait, une autre peut le défaire ». Ainsi s'exprimait Jean-Pierre Barbier durant son discours, à la suite de son élection en tant que nouveau président du Conseil Départemental de l'Isère. Les partis politiques ont beau s'accuser, à chaque alternance, de se contenter de supprimer ce qu'ont fait leur prédécesseurs, aucun ne semble réellement décidé à renoncer à cette pratique...

Dans le cas présent, c'est la politique sociale de l'Isère, et plus précisément l'aide aux plus démunis, qui se retrouve sur la sellette. Le Conseil départemental avait prévu une dépense de 93 000 euros pour l'aide à la construction d'un hébergement d'urgence sur le terrain du Rondeau, destiné à résorber le bidonville qui s'installe de plus en plus durablement dans le quartier Verlaine. Cette dépense est purement et simplement annulée.

La nouvelle majorité UMP justifie cette décision en mettant en avant son coût, avant d'estimer que la politique de la municipalité de Grenoble « crée un appel d'air », sans oublier de décrire une ville « prise d'assaut par les étrangers en situation irrégulière ». Bref, une politique « idéologique » et « irresponsable », selon l'UMP iséroise.

J'ai mal Verlaine

La violence des accusations n'a pas manqué de faire réagir l'équipe municipale d'Éric Piolle, qui considère dans un communiqué que le Conseil départemental « s'attaque aux plus fragiles ». Elle rappelle que les personnes occupant actuellement le Rondeau sont « engagées dans des démarches d'insertion » et que « les jeunes et les enfants ont accès à un accompagnement éducatif ».

Alain Denoyelle, président du CCAS, ne mâche pas ses mots : « si l'alternance fait partie intégrante de la vie démocratique, je déplore qu'ici le changement de majorité condamne les plus fragiles à encore plus de précarité ».

Et le conseiller municipal de considérer que le Conseil départemental, par son désengagement, ne remplit pas ses obligations en matière de protection maternelle et infantile, le site du Rondeau comptant « 11 enfants de moins de 3 ans et 3 mères isolées ».

Rappelons que Jean-Pierre Barbier a annoncé que le Conseil départemental allait massivement investir dans les infrastructures autoroutières et limiter les dépenses sociales au minimum prévu par la loi. Une annonce qui, pour sa part, n'a probablement rien « d'idéologique »...

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