Le maire de Grenoble vient d'annoncer le démantèlement prochain du camps d'Esmonin, où se sont réfugiés 400 personnes originaires d'Europe de l'Est. Echanges avec Roms Action autour de cette décision.

Depuis 12 ans, Roms Action assure un accueil des Roms ressortissants de l'UE (Union européenne). L'association a été créée en 2003 autour de l'aide aux Roms d'origine roumaine et a développé son action au cours des ans, en embauchant des salariés parlant roumain.

Surpopulation au camp d'Esmonin

Elle est notamment présente sur le camp d'Esmonin, un camp qui a grossi jusqu'à devenir un véritable bidonville. A l'origine, le CCAS avait dressé des tentes Marabout sur l'aire d'accueil de Grenoble pour héberger des familles qui dormaient dans des tentes à la ZAC Flaubert près de la MC2. 70 personnes étaient installées initialement puis le camp d'Esmonin a progressivement grossi jusqu'à atteindre un effectif de 400 personnes.

La surpopulation sur le site a généré des risques grandissants : des risques sanitaires et d'incendie, des risques d'accident liés à la proximité de la route. Ce regroupement massif a aussi entraîné l'apparition de réseaux mafieux (trafic et prostitution).

Associations et collectivités s'accordent sur le constat d'une dégradation intolérable des conditions de vie sur le site d'Esmonin. Pour Roms Action, le démantèlement du site est souhaitable, mais pas dans n'importe quelles conditions.

Eviter des démantèlements sans suivi

Si les pouvoirs publics s'occupent de vider les lieux, ils ne proposent que trop rarement des solutions de relogement. Lors de L'évacuation des sites de Neyrpic (Saint Martin d'Hères), Drac Ouest (Fontaine), Verlaine (Grenoble), les populations ont été dispersées et ont trouvé refuge à Esmonin, grossissant le camp.

L'explosion du camp d'Esmonin est donc le fruit d'évacuations d'autres lieux sur l'agglomération. Des évacuations qui ont été menées sans aucun suivi des populations, alors que la circulaire Valls d'août 2012 prévoit un accompagnement et un relogement des familles.

Si la Ville de Grenoble s'est souvent efforcée de faire appliquer la circulaire lors des démantèlements de sites, ce n'est pas le cas de la plupart des communes avoisinantes de l'agglomération à quelques exceptions comme l'évacuation réalisée en 2012 à Saint-Martin-le-Vinoux en collaboration avec les partenaires sociaux. Ce n'était pas non plus le cas pour la Préfecture, qui refusait jusqu'ici d'user de son pouvoir de réquisition de logements vides.

Privilégier l'accompagnement

Pour Bénédicte Fages, présidente de Roms Action, il y a clairement un manque de souhait de faire converger les moyens de l'Etat, du département et des collectivités ; chacun se renvoyant la balle sous prétexte de difficultés financières. Les Roms sont les otages de clivages politiques.

Mais pour la structure, la stratégie courante de gestion de la population Rom, qui consiste à « chasser » les personnes en espérant les décourager de rester sur le territoire ne peut pas être efficace car elle ne tient pas compte des spécificités de cette population.
Les Roms venant d'Europe centrale sont sédentaires et aspirent à une stabilité. Ces personnes sont encore plus discriminées dans leur pays d'origine et croient en leur intégration en France, le racisme anti-Rom étant encore plus prégnant en Roumanie qu'en France.

C'est pourquoi, pour Philippe Wurgel, vice-président de l'association, ces populations installées sur l'agglomération resteront (la population des Roms ressortissants de l'UE est stabilisée depuis 2012) et évacuer un campement sans proposer de relogement ne ferait que détruire tout ce qui a été construit au niveau de l’intégration, de la scolarisation. Une construction déjà fragile pour des personnes qui passent une grande partie de leur journée à assurer leur survie.

Les structures associatives, dont Roms Action, exigent d'être intégrées au processus d'évacuation du camp en devenant membre du comité de suivi. Actuellement, Roms Action est principalement sollicitée sur le diagnostic des populations. Il s'agit maintenant pour la structure d'être intégrée au processus de démantèlement, afin que l'évacuation prochaine se déroule dans les conditions stipulées dans la circulaire Valls.

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