La romancière et militante féministe française Benoîte Groult est morte dans la nuit du 20 juin, à l'âge de 96 ans. C'est une figure emblématique des luttes pour la liberté qui nous quitte.

Benoîte Groult est née en 1920 à Paris. Diplômée de lettres, elle enseigne d’abord le français puis devient journaliste. Elle écrit avec sa sœur Flora son premier roman – Journal à quatre mains - en 1958.

Elle sera par la suite l'auteure d'une quinzaine de romans et essais qui sont les vivants témoignages des mutations sociales dans les rapports femmes / hommes du 20ème siècle. Engagée dans le mouvement du Planning Familial, elle contribuera activement aux combats pour le droit à l'IVG.

Membre du comité d'honneur de l'Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD), Benoîte Groult était une femme libre, dont la parole intemporelle touche autant l'esprit que le cœur :

« Comme tous ceux que la servitude a dégradés, les femmes ont fini par se croire faites pour leurs chaînes et sont devenues antiféministes comme tant d'esclaves du Sud furent esclavagistes et combattirent aux côtés de leurs maîtres contre leur propre libération lors de la guerre de Sécession. Bien des sentiments les poussent à se désolidariser de leur propre cause, l'intérêt, la prudence, la peur, une humilité savamment entretenue, mais aussi l'amour, bien qu'il soit déchirant d'aimer qui vous opprime. »
Ainsi soit-elle (1975)

« Et même les femmes qui les haïssent ont bénéficié du courage de chacun des mouvements féministes. J'aimerais qu'elles le sachent ou qu'elles le sentent, car c'est le livre de l'amitié que je voudrais écrire, ou plutôt le livre de ce qui n'existe pas encore, d'un sentiment et d'un mot qui ne sont même pas dans le dictionnaire et qu'il faut bien appeler, faute de mieux, la "fraternité féminine" »
Ainsi soit-elle (1975)

« Je mesurais à quel point dans une vie commune tout est une question de regard : on peut s’irriter ou s’attendrir devant un même geste selon que l’on cherche une raison de vivre avec quelqu’un ou de le quitter. »
Les vaisseaux du coeur (1988)

« L'âge est un secret bien gardé. Dire que ce qu'est la vieillesse, c'est chercher à décrire la neige à des gens qui vivent sous les tropiques. Pourquoi leur gâcher la vie sans soulager la sienne ? »
La Touche étoile (2006)

« Mais ce sont les questions qui sont le sel de la vie. Les réponses, il faut s'en garder : elles peuvent tuer ».
La Touche étoile (2006)

« Jamais ne sera écrite la généalogie véritable de chaque humain, tissée de détours inouïs, fruit des hasards, des caprices ou des passions. »
La Touche étoile (2006)

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