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Marie-Isabelle GINEVRA est photographe. En 2016, elle est amenée à cesser son activité de travailleur indépendante.

Après avoir fermé sa boutique photo en Chartreuse, elle s’inscrit au RSA. Pendant quatre ans, elle va réfléchir à une nouvelle orientation professionnelle. Mais finalement, avec détermination elle réussit à revenir vers son métier de cœur : la photographie. Depuis un an, elle travaille dans une boutique photo à Voiron. Elle nous raconte ici son parcours de retour vers l’emploi.

 

Pouvez-vous nous expliquer ce qui vous a amené à ce changement dans votre vie professionnelle ?
Je suis photographe depuis quinze ans. Jusqu’en 2016, j’avais une boutique en milieu rural, au cœur de la Chartreuse. Je réalisais des photos d’identité, des portraits en studio ainsi que des reportages en milieu scolaire et au sein des collectivités. En 2015, suite à un divorce, j’ai dû subvenir seule aux besoins de ma fille. Alors mon mi-temps ne me suffisait plus. Le statut d'auto-entrepreneur, à l’époque, ne permettait pas de bénéficier d’APL, je devais donc trouver une alternative. J’ai décidé de fermer ma boutique, je n’avais en réalité pas d’autre choix.

Comment avez-vous été accompagnée dans votre parcours d’insertion ?
Une fois inscrite au RSA, j’ai été orientée vers la Maison de l’Emploi de Voiron. Là, j’ai bénéficié d’un suivi avec une conseillère qui m’a beaucoup aidée, qui m’a guidée. Nous avons avancé dans une volonté de trouver ensemble les solutions. Elle a su me rassurer sur le fait qu’il était normal de ne pas réussir à me projeter tout de suite dans autre chose. Ma situation était difficile à vivre, je devais gérer un déménagement. J’ai eu besoin de temps avant de retrouver l’élan.
Mon assistante sociale m’a aussi beaucoup soutenue dans mon parcours. Elle a été moteur car elle croyait en moi. Elle me disait “Vous êtes photographe, vous allez y arriver !”. Son discours positif était très aidant.

Comment avez-vous vécu cette période au RSA ?
Il y a eu des moments de doute et de découragement. Même si on se dit que ce n’est qu’une étape dans la vie, on peut rapidement perdre confiance en soi. Être au RSA a aussi un impact sur l’image de soi. Pour ma part, je taisais cette situation à mon entourage, je disais simplement que j’étais photographe. J’ai refusé les aides de la Banque alimentaire et les colis de Noël. J’allais par contre dans une épicerie solidaire à Voiron dont je trouve le concept formidable. Ce lieu mélange les situations sociales, les âges. C’est aussi un endroit qui propose des activités, des ateliers, des échanges : un lieu qui crée du lien.

Avez-vous participé à des ateliers dans le cadre du parcours d'insertion ?
Oui j’ai réalisé deux ateliers à la Maison de l’Emploi. Le premier, d’une semaine, proposait à chaque participant de monter un projet et le présenter aux autres. C’était une expérience très riche. J’ai aussi participé aux Forums RSA, notamment à une exposition collective et itinérante de photographies, organisée sur un an.

Quelles ont été les différentes étapes avant de trouver un travail dans la photographie ?
Au départ, j’avais un projet de formation dans l’art thérapie pour valoriser les personnes et les aider à reprendre confiance en elles par le biais de la photographie.
Pour pouvoir prétendre à cette formation et la financer, je devais trouver un contrat aidé. J’ai ainsi travaillé comme aide ménagère. Mais mes horaires n’étaient pas compatibles avec ceux de la formation, alors le projet est tombé à l’eau. J’ai ensuite trouvé un poste dans un restaurant.
Ces expériences en tant que salariée ont été difficiles. Elles m’ont permis de prendre conscience de ma nature très indépendante.
Après avoir mis fin à mon dernier contrat, je me suis retrouvée dans une situation complexe que je n’avais pas anticipée. J’ai dû attendre trois mois de carence avant de percevoir les allocations de Pôle Emploi, j’étais alors au pied du mur, je devais agir. C’est à ce moment-là que j’ai appris que le photographe de Voiron vendait sa boutique. Je n’avais pas l’argent nécessaire, mais je suis quand même allée me présenter pour dire que j’étais intéressée. C’est grâce à cette rencontre que j’ai débloqué ma situation.

Comment cela s’est passé ?
Le propriétaire essayait de vendre depuis plusieurs années. Quand je me suis présentée, il était ravi à l’idée que sa boutique reste un magasin photo. Nous travaillons aujourd’hui tous les deux dans la boutique. Nous avons créé une nouvelle société où je suis directrice générale, associée salariée. A terme, je serai seule à la gérer après cette transmission progressive.


Parmi vos qualités, lesquelles vous ont le plus aidé à rebondir ?
Je suis quelqu’un de volontaire. Je dirais que j’ai su créer ma chance en générant la rencontre. Je suis aussi restée déterminée sur mon choix d’être photographe. Aujourd’hui c’est ce que je sais faire et ce qui me plaît.

Qu'est-ce qui a changé dans votre vie aujourd’hui ?
Je me sens stable. J’ai retrouvé l’envie de voyager, d’économiser pour réaliser des projets personnels. J’ai ouvert à nouveau le champ des possibles en retrouvant un équilibre moral et financier.

Quel message aimeriez-vous partager avec des personnes actuellement bénéficiaires du RSA ?
Je leur dirais de ne pas s’isoler, d’aller participer aux ateliers et autres événements proposés. Dans les moments difficiles, on peut être tenté de se replier sur soi. Or, les rencontres avec les autres sont importantes. Elles nous aident à mieux traverser nos incertitudes. Nous avons besoin d’être accompagnés dans notre parcours pour rebondir. Les échanges, les soutiens peuvent nous aider à regagner la confiance et trouver l’impulsion.

 

@Crédit Photo : Marie-Isabelle Ginevra